Valentina Canseco - Médusée

Exposition du 25 juin au 6 août 2022

Vernissage le samedi 25 juin de 17h à 20h en présence de l’artiste

L’été est notre futur à tous

 

Depuis plus d’un an, Valentina Canseco collabore avec la Galerie Ars Longa. Aujourd’hui, elle choisit d’y présenter son exposition personnelle « Médusée ». 

 

Par une approche intuitive et introspective, elle cherche à nous transmettre sa vision d’une atmosphère estivale singulière.

L’artiste nous livre ici une perception sensorielle de la buée, de la chaleur, de l’invisible, en conversation avec un paysage flottant et échoué, donnant, selon ses mots, « une impression du monde qui [l]’habite au moment où a lieu l’exposition ». Pour ce faire, elle délaisse un temps l’architecture de l’espace urbain pour un retour à la nature et à l’organique. Elle dévoile ici des émotions, des sensations, et tourne son regard vers le vivant en nous proposant cette fois des paysages plus intimes.

L’exposition, vive, colorée et à la fois forte d’une intensité inquiète, déploie une analogie avec les méduses, leur mythologie et leur destin tragique. Ne peut-on pas y voir la vision qu’a l’Homme sur la nature dans cette même volonté de dompter, de dominer puis d’annihiler l’autre, qui semble menacer ou qui effraie ? Revisitant ainsi la pensée écoféministe, l’artiste, par un jeu de reflets et de contrastes, invite le spectateur au dialogue et nous pousse à réfléchir sur notre présent et notre futur assurément chaud, brumeux, et incertain.

L’abstraction, le sensoriel, l’organique et le microcosme transparaissent dans mes nouvelles oeuvres telle une introspection de l’invisible. L’influence du monde que nous habitons rejaillit dans les nouvelles matières que je choisis et dans mes façons de les assembler. Il en est de même pour ma manière de peindre, qui se modifie. L’abstraction est maintenant envisagée comme un spectre possible pour dévoiler les émotions et les sensations que m’évoquent, encore et toujours, les paysages. Ici les dégradés de couleurs, le pointillisme ou le fluo sont autant d’effets picturaux qui nous renvoient à la chaleur, à l’organique, à la nature, mis à l’honneur pour cette nouvelle série de peintures.

A l’heure où le monde se retrouve envahi de plastique, je fais le choix du PMMA, du PVC ou de la résine. Provocation ? Je préfère l’envisager comme une extravagance. Comme s’il s’agissait d’anoblir les matériaux, de les pérenniser, de les extraire de leur avenir de déchets. Activisme déguisé ? Détournement de valeur ? Combat futile ? Identification à la matière ? Après tout, ces matières qui nous détruisent, qui tirent notre planète vers sa fin, ne sont-elles pas aussi celles qui nous habitent sous forme de particules synthétiques lorsque nous mangeons simplement du poisson ?

Les questions me pressent : pourquoi vouloir, si paradoxalement dans ce contexte, célébrer les méduses, la mer et tout l’imaginaire estival ? Peut-être pour proclamer, presque comme un psaume, que l’été est notre futur à tous. Que peindre la lumière, ériger la chaleur et l’eau comme les totems de notre vie à venir n’est pas incongru. Un sujet emprunt de légèreté qui glisse finalement vers le reflet d’un nouveau monde. D’où, au centre de cela, le noir, qui revient toujours assombrir le paysage et l’asseoir dans une réalité tellurique. Comme une plaque de pétrole, une large flaque d’eau solide où se reflète un monde en mutation : on fond nous aussi sous cette chaleur. Notre destinée est-elle celle des méduses échouées ? Peut-on, doit-on, l’embrasser ? La peindre, la sculpter, la donner à voir ?

Un banc d’animaux prend place. Des méduses en résine colorée habitent le sol et annoncent l’arrivée de l’été. Parmi elles se confondent des silhouettes de maillots de bain féminins, qui flottent et se décomposent sur un support lui-même en torsion. Une scène qui rappelle une baignade insouciante, joyeuse, mais qui peut devenir inquiétante avec ces êtres si discrets et menaçants, à la piqûre abrasive.

 

Pourtant, méduse, en grec, signifie qui protège. La méduse serait même un animal préhistorique ayant survécu à toutes les catastrophes climatiques, encore aujourd’hui prête à épouser notre avenir incertain. Elle évoque aussi l’image des Gorgones, du fait de la ressemblance entre les cheveux serpentés des êtres mythologiques et les tentacules de l’animal. Or, les Gorgones sont ces femmes féroces dont on a peur, qui vous pétrifient en un seul regard. Méduse, quant à elle, dans le mythe d’Hésiode, est double : porteuse de l’enfant du dieu de la mer, elle connaîtra un destin tragique et finira la tête coupée. Les méduses posent donc à la fois la question de notre futur et de notre réaction face à ce qui nous défie et nous terrifie (continuerons-nous de rester figés ?), et celle de la place de la femme au sein du vivant : sa puissance est-elle menace ou au contraire promesse d’une irradiation nouvelle, puissante, sublime ?

 

Valentina Canseco

Mai Tabakian

Nouvelle artiste au sein de la Galerie Ars Longa, Mai Tabakian se voit consacrer une grande rétrospective au sein du Musée La Manufacture à Roubaix (Musée de la Mémoire et création textile) du 9 avril au 20 juin 2022. Curatrice Marie Deparis-Yafil.

Mai Tabakian est une sculptrice franco-vietnamienne qui vit et travaille à Paris et Montrouge.

Dans l’œuvre de Mai Tabakian, les formes géométriques, les compositions chromatiques franches ou acidulées, le souci des volumes et des surfaces semblent résulter d’un brassage de références historiques, de l’abstraction géométrique à l’op art, de l’orphisme à l’art concret, de Stilj à l’abstraction américaine en passant par, peut-être, les jeux de couleurs et de formes du new pop superflat ou les rondeurs colorées de Kusama…